Des troubles de l’oreille interne à l’origine de l’hyperactivité

Selon une étude de l’Albert Einstein College of Medicine de New-York, l’hyperactivité pourrait résulter de la déficience auditive, ce qui touche à la fois l’audition et l’équilibre. Cette découverte étonnante a été publiée dans l’édition en ligne de la revue Science et laisse entrevoir la possibilité de mettre au point de nouveaux traitements.  Le Pr Jean Hébert, auteur principal de l’étude souligne le caractère inédit des résultats : « Notre étude montre pour la première fois qu’un déficit sensoriel, tel que des troubles de l’oreille interne, peut induire des modifications moléculaires spécifiques dans le cerveau, qui vont entraîner des troubles du comportement, ces derniers étant traditionnellement considérés pour être générés exclusivement au niveau cérébral»

Cette découverte fait donc bousculer l’explication psychologique donnée à la surdité de certains enfants hyperactifs comme étant la conséquence de la frustration due à l’incapacité  de communiquer ou interagir avec le monde extérieur. En effet, les enfants souffrant d’hyperactivité sont plus touchés que les autres par des troubles de l’oreille interne, l’organe qui sert pour entendre et se maintenir en équilibre.

Des souris sourdes et hyperactives à cause d’une mutation

L’étude a commencé par une observation faite au hasard par Michelle Antoine, une étudiante de l’institut de recherche quand elle a remarqué l’activité anormale des souris de laboratoire. Après les tests, elle a constaté qu’elles étaient atteintes de graves déficits cochléaires et vestibulaires, avec en plus une surdité lourde.

Les chercheurs de l’institut se sont concentrés alors sur l’étude d’un gène nommé Slc12a2. Ce gène est présent à la fois au niveau de l’oreille interne et du système nerveux central ; « Un gène que l’on retrouve également chez l’homme », précise l’équipe. « À notre grande surprise, c’était seulement quand nous effectuions une délétion du gène au niveau de l’oreille interne que nous avons observé une augmentation de l’activité locomotrice », explique le Dr Hébert qui poursuit via la chaîne Youtube de l’Université : « Traditionnellement, on pense que le lien entre hyperactivité et surdité s’explique par des facteurs socio-environnementaux comme la frustration due au fait que les enfants sourds ne puissent pas communiquer avec le monde qui les entoure. Ces résultats ouvrent la voie à une nouvelle explication, cette fois-ci sur le plan biologique. »

De nouveaux traitements de l’hyperactivité en vue

Cette découverte a été suivie par l’hypothèse que les déficits de l’oreille interne entraîneraient un dysfonctionnement du striatum, la région du cerveau responsable du contrôle des mouvements.

Les chercheurs de l’Institut ont identifié en effet deux protéines impliquées dans ce processus au niveau du cerveau et ont découvert que leur production était augmentée. Suite à ce constat, l’équipe a décidé d’administrer un inhibiteur de pERK aux souris, ce traitement a permis de corriger le trouble ; « cette action a permis de rétablir une activité locomotrice normale », affirme le Pr Jean Hébert.

Ce résultat encourageant laisse entrevoir le développement de nouveaux traitements de l’hyperactivité, qui touche 5 % des enfants. Selon le Pr Jean Hébert « Ce dernier résultat laisse penser que les enfants hyperactifs ayant des troubles de l’oreille interne pourraient être traités par des inhibiteurs du circuit pERK. »

 

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